Dessiné à l'encre de Chine sur papier, ce film d'animation de Michèle Cournoyer est un poème visuel, une méditation sur la guerre.

Robe de guerre

Le film

Une femme porte la guerre en elle. Dans sa tête les soldats avancent, piétinant tout sur leur passage. Telle une pietà, elle pleure son fils, son frère. De sa douleur et du sang de l'homme mort au combat surgit une armée de femmes, puissante colonne drapée dans la foi et la révolte. La soif de justice devient soif de vengeance. Le corps de la femme est une arme, sa robe une armure. Celle qui jadis donnait la vie donnera la mort.

À PROPOS DE LA RÉALISATRICE

Pour en savoir plus sur Michèle Cournoyer

Michèle Cournoyer est l'un des grands noms du cinéma d'animation au Canada. Après avoir évolué de façon indépendante pendant plusieurs années, période durant laquelle elle signe six films d'inspiration dadaïste, elle entre à l'ONF au début de la décennie 1990. Les quatre premiers films qu'elle y réalise cumulent un total de 27 prix internationaux. Son style percutant et sensible dominé par la métamorphose s'affine au cours de cette période. Le tragique ayant succédé à l'humour de ses premières réalisations, cette nouvelle direction est palpable dès 1988 avec Dolorosa, son dernier film indépendant, et confirmée avec La basse cour (1992) et Une artiste (1994).

À partir de Chapeau (1999), qui aborde crûment le thème de l'inceste, elle délaisse la rotoscopie et l'image composite au profit d'un dessin gestuel exécuté à l'encre sur papier. Présenté en compétition au Festival de Cannes, Accordéon aborde les relations amoureuses à l'ère de la médiation technologique. Avec Robe de guerre, la cinéaste pose de nouveau un regard spécifiquement féminin sur un thème lié à l'actualité.

SOURCES D'INSPIRATION

Lectures

Lettres à Madeleine d’Apollinaire, Histoires de guerre et d’intimité de Moravia, L’Attentat de Yasmina Khadra, Insoumise d’Ayaan Hirsi Ali, Shahidas : Femmes kamikazes de Palestine de Barbara Victor, Du corps en Islam de Malek Chebel, La Femme eunuque de Germaine Greer, Exquisite corpse (cadavres exquis des surréalistes) Mark Nelson et Sarah Hudson Bayliss.

Le cinéma de guerre :

Les amants de Sarajevo de Marcel Hanoun, Apocalypse Now de Coppola, Hiroshima mon amour et Nuit et brouillard de Resnais, Letters from Iwo Jima d’Eastwood, Le métroChant et danse du monde inanimé de Pierre Hébert

Arts visuels, expositions :

L’exposition Le monde du corps, de Gunther von Hagens, Man Ray la série de photos sur le thème de la prière.

ÉQUIPE

Producteurs

René Chénier

René Chénier est diplômé en communication et arts de l’Université Concordia. Homme de cinéma (régisseur, directeur de production, producteur délégué et producteur), il a dirigé sa propre maison de production, Arico Film Communication, avant de joindre le Studio Animation et Jeunesse de l’ONF en 2006. Comme producteur indépendant, René Chénier a notamment signé le réputé conte musical Hugo et le Dragon, de Philippe Baylaucq, qui a remporté plusieurs prix dont celui de la meilleure production francophone indépendante au Canada (Prix Téléfilm Canada – Festival de télévision de Banff 2002) et le prix Gémeaux pour la meilleure réalisation – émission ou série jeunesse, en 2002. Il a été producteur de la série Et Dieu créa Laflaque, un concept de Serge Chapleau (Prix Rockie, meilleure comédie, au Festival de télévision de Banff). Il a entre autres été régisseur sur Fantastica de Gilles Carle et premier assistant réalisateur sur Sonatine de Micheline Lanctôt, puis directeur de production notamment sur Un zoo la nuit de Jean-Claude Lauzon, Sous les draps les étoiles de Jean-Pierre Gariépy, Une épopée en Amérique de Gilles Carle et Souvenirs intimes de Jean Beaudin. Il a également été producteur délégué de 15 février 1839 de Pierre Falardeau, producteur délégué pour The Favourite Game de Bernar Hébert et producteur de Ce qu’il faut pour vivre de Benoit Pilon. Récemment, à l’ONF, il a produit le dernier film de Michèle Cournoyer, Robe de guerre.

Michèle Bélanger

Au sein de l’Office national du film du Canada depuis vingt ans, Michèle Bélanger a acquis une vaste expertise de la distribution de films documentaires et d’animation avant de passer à la production. De 2002 à 2007, elle a travaillé en tant que productrice au studio Animation et Jeunesse et y a produit des sites Internet jeunesse, dont plusieurs ont remporté des distinctions, de même que des courts métrages d’auteur. Citons Antagonia (2002), de Nicolas Brault, lauréat de l’édition 2000 du concours Cinéaste recherché(e) et Îlot (2003), son deuxième film. Elle a également signé la dernière production du cinéaste chevronné Co Hoedeman, Le théâtre de Marianne (2004), celle de Patrick Bouchard, Dehors novembre (2004), celle de Catherine Arcand, Cauchemar à l’école, celle de Nicolas Brault, Hungu, de même que celle de Michèle Cournoyer, Robe de guerre. Toujours su Studio Animation et Jeunesse, elle a occupé le poste de productrice exécutive par intérim de 2005 à 2006 avant de se voir confier en 2007 le poste de conseillère à la programmation à la Direction du programme français.

Marcel Jean

Auteur de plusieurs livres sur le cinéma québécois et le cinéma d’animation, critique reconnu et réalisateur de courts métrages et de documentaires, Marcel Jean prend la direction du Studio d’Animation du Programme français de l’Office national du film du Canada en 1999. À ce titre, il produit plusieurs films reconnus internationalement : Âme noire de Martine Chartrand (gagnant de vingt-deux prix dont l’Ours d’or à Berlin), Les ramoneurs cérébraux de Patrick Bouchard (2002, gagnant de cinq prix), Nuit d’orage de Michèle Lemieux (2003, gagnant de douze prix dont l’Ours de cristal à Berlin), Accordéon de Michèle Cournoyer (2004, présenté en compétition au Festival de Cannes, primé à Leipzig et à Dresde), Isabelle au bois dormant de Claude Cloutier (2007, gagnant de 11 prix). Marcel Jean défend aussi une dynamique politique de coproduction internationale, qui l’amène à coproduire des films du Norvégien Pjotr Sapegin (Aria, 2001, dix fois primé; À travers mes grosses lunettes, 2004, douze récompenses), du Danois Lejf Marcussen (Angeli, 2002, primé à Zagreb), du Portugais Abi Feijo (Clandestino, 2000, huit prix), du Suisse Georges Schwizgebel (L’homme sans ombre, 2004, douze fois primé; Jeu, 2006, primé à Hiroshima et à Ottawa) et du Français Philippe Jullien (Ruzz et Ben, 2005). Sous sa gouverne, l’ONF s’associe au studio français Folimage dans le cadre de la résidence pour cinéastes d’animation. Ainsi, il coproduit notamment François le Vaillant de Carles Porta Garcia (2002, quatre fois récompensé), Circuit marine d’Isabelle Favez (2003, cinq prix) et Histoire tragique avec fin heureuse (2005, gagnant de plusieurs prix dont le Cristal d’Annecy).

Marcel Jean quitte l’Office national du film du Canada en 2005 et fonde sa propre compagnie de production.

Générique

  • Scénario, animation, réalisation Michèle Cournoyer
  • Montage Michel Giroux
  • Consultants Fernand Bélanger, Pierre Hébert, Pierre Hébert
  • Assistante animatrice Diane Dauphinais
  • Musique originale Walter Boudreau
  • Orgue Jean-WillyKunz
  • Enregistrement Église Saint-Jean Baptiste de Montréal
  • Montage de la musique Alain Thibault
  • Prise de son Marcello Delambre, Martin Léveillée
    Assistés de Mario Lemieux
  • Spécialistes en imagerie numérique Sue Gourley, Pierre Plouffe
  • Caméra d’animation Pierre Landry, Nicolas Brault
  • Montage en ligne Denis Gathelier
  • Titres Gaspard Gaudreau
  • Mixage Serge Boivin
  • Agente de mise en marché Christine Noël
  • Administratrice Diane Régimbald
  • Équipe administrative Diane Ayotte, Michèle Labelle
  • Coordonnatrice technique Julie Laperrière
  • Productrice déléguée Francine Langdeau
  • Producteurs exécutifs Michèle Bélanger, René Chénier
  • Producteurs Marcel Jean, Michèle Bélanger, René Chénier
  • Avec la participation de Arte France
    Unité de programmes Cinéma
    Chargée des courts
    Hélène Vayssières
  • Programme français
  • Studio Animation et Jeunesse
  • Office national du film du Canada
  • www.onf.ca/animation
  • © 2008 Office national du film du Canada

FILMOGRAPHIE

  • La louve (2004)
  • Signature du Festival du nouveau cinéma de Montréal
    Production : Office national du film du Canada, Studio Animation et Jeunesse
    Producteur : Marcel Jean
    20 s - 35 mm - dessins à l'encre noire sur papier

  • Accordéon (2004)
  • Production : Office national du film du Canada, Studio Animation et Jeunesse
    Producteurs : Jean-Jacques Leduc et Marcel Jean
    6 min 13 s – 35 mm – dessins à l’encre sépia sur papier
    • Compétition officielle – catégorie court métrage, Festival de Cannes, 2004
    • Mention d’honneur, Festival international de films documentaires et d’animation, 2004, Leipzig, Allemagne
    • Mention spéciale du Jury, Filmfest – Festival du court métrage, 2004, Dresden, Allemagne
    • Prix Remi Or – catégorie court métrage indépendant film et vidéo, WorldFest – Festival international du film, 2005, Houston, États-Unis
  • SWAF (2002)
  • Séquence d’animation pour le long métrage Claude Jutra, portrait sur film, de Paule Baillargeon
    Production : Office national du film du Canada
    1 min – 35 mm – dessins à l’encre sépia et noire sur papier
  • Le chapeau (1999)
  • Production : Office national du film du Canada, Studio Animation et Jeunesse
    Producteurs : Thérèse Descary et Pierre Hébert
    6 min 30 s – 35 mm – dessins à l'encre noire sur papier
    • Sélectionné à la Semaine Internationale de la Critique, Cannes, 2000
    • Mention spéciale Prix FIPRESCI, Festival international du film d’animation, 2000, Annecy, France
    • Meilleur film d'animation, Soirée des Jutra, 2001, Montréal, Canada
    • Prix du meilleur court métrage d’animation, Festival international du film, 2001, Santa Barbara, États-Unis
    • Prix spécial du jury œcuménique, Festival international du film de court métrage, 2001, Oberhausen, Allemagne
    • Prix de la Ville de Vienne, Culture2Culture - Tricky Women 1st International Women's Animated - Film Festival, 2001, Vienne, Autriche
    • Prix Téléfilm Canada pour le meilleur court métrage Canadien, Festival du cinéma francophone international en Acadie, 2000, Moncton, Canada
    • Prix AQCC – Téléfilm Canada – meilleur documentaire de court ou moyen métrage, Rendez-vous du cinéma québécois, 2001, Montréal, Canada
    • Prix spécial du Jury, Festival international d’animation, 2000, Ottawa, Canada
    • Prix John Spotton Award, Festival international du film, 2000, Toronto, Canada
    • Prix spécial du Jury décerné pour sa créativité, sa sensibilité ainsi que le traitement personnel d’un sujet difficile et grave comme l’inceste, Festival international du film, 2000, Valladolid, Espagne
    • Prix spécial du Jury, Los Angeles Animation Competition/World Animation Celebration, 2001, Agoura Hills, États-Unis
    • Mention d’honneur – catégorie A (films moins de 7 minutes), Festival international de cinéma d’animation / CINANIMA, 2000, Espinho, Portugal
  • Une artiste (1994)
  • Production : Office national du film du Canada, Studio Animation et Jeunesse
    Producteurs : Thérèse Descary et Pierre Hébert
    5 min 13 s – 35 mm – couleur – rotoscopie numérique
    • Mention d’honneur, ORF / Prix Electronica, 1997, Linz, Autriche
    • Prix Québec-Alberta 1995 – Innovation télévision, Prix Québec-Alberta (télévision – cinéma), 1995, Banff, Canada
    • Meilleur court métrage d’animation – catégorie : moins de 6 minutes, International Children’s Film Festival, 1995, Chicago, États-Unis
    • Prix décerné au meilleur réalisateur – catégorie : court métrage d’animation, International Children’s Film Festival, 1995, Chicago, États-Unis
    • Prix décerné à la meilleure animation, New England Children’s Film and Video Festival, 1995, Medford, États-Unis
    • Prix Bronze Apple, National Educational Media Network Competition, 1996, Oakland, États-Unis
    • Prix du Festival de Giffoni pour les 3 volets de la Collection Droits au Cœur, Festival du film, 1997, Giffoni, Italie
    • Prix spécial – pour sa beauté esthétique, son originalité et son innovation, International Animation Festival, Hiroshima, Japon
  • La basse cour (1992)
  • Production : Office national du film du Canada, Studio Animation et Jeunesse
    Producteur : Yves Leduc
    Concours « Cinéaste recherché(e) », 1989
    5 min 30 s – 35 mm – couleur – rotoscopie
    • Mention spéciale du Jury de la Fédération internationale des Ciné-Clubs, Festival international du film de court métrage, 1993, Oberhausen, Allemagne
    • Grand Prix de Montréal – décerné au meilleur court métrage, Festival des Films du Monde de Montréal (FFM), 1992, Montréal, Canada
    • Meilleur film dans la catégorie B (5 à 30 minutes), Festival mondial du film d’animation, 1994, Zagreb, Croatie
    • Médaille d’Argent « Summa cum laude » pour l’excellence de l’animation – catégorie : Écologie, Medikinale / International Medical and Scientific Film Festival, 1995, Parma, Italie
  • Dolorosa (1988)
  • Production : Productions de la Pleine Lune, Animabec, Sogic, Téléfilm Canada, Conseil des Arts du Canada
    4 min 30 s – 35 mm - couleur – animation, rotoscopie, dessins
  • Old Orchard Beach, P.Q. (1981)
  • Production : Télé-montage, Société générale du cinéma, Conseil des Arts du Canada
    9 min – 35 mm – couleur – photo-montage
  • Toccata (1978)
  • Production : Institut du cinéma québécois - Conseil des arts du Canada
    12 min – 16 mm – n & b et couleur – effets spéciaux
  • Spaghettata (1978)
  • 51 secondes – 16 mm n & b – photos-montage, collage
  • Alfredo (1973)
  • Bourse du Conseil des arts du Canada
    3 min – Dessins sur cellulos – Film inachevé
  • L’homme et l’enfant (1971)
  • Hornsey College of Art, Londres, Angleterre
    58 secondes – 16 mm – animation de photos peintes
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    Hommages et rétrospectives

    • 2005 - Gala de l’association Femmes du cinéma, de la télévision et des nouveaux médias : Prix Technicolor pour l’ensemble de son œuvre, sa contribution exceptionnelle à la culture cinématographique et télévisuelle
      Forum des images, Paris, France, rétrospective de films d’animation et Carte blanche à Michèle Cournoyer
    • 2004 - Redcat, Los Angeles, rétrospective des œuvres
    • 2002 - The Northeast Modern Language Association, NEMLA, Toronto
      Rétrospective de l’œuvre organisée par le Women’s Caucus
    • 2000 – Festival international du nouveau cinéma et des nouveaux médias, hommage rétrospective de l’ensemble de ses œuvres.
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Entretien

1. Comment vous est venue l’idée d’aborder le thème de la guerre?

Les premières images me sont apparues alors que je participais, en 2004, au Festival international du film d’animation de Zagreb, en Croatie. Ce pays de l’ex-Yougoslavie portait encore des cicatrices de la guerre qui avait fait rage dans les années 1990. Le voyage m’a inspiré un film présentant le corps féminin – une femme blessée, une « femme-ruine » – comme un champ de bataille. J’avais le sentiment d’avoir trouvé un sujet.

Les premières images me sont apparues alors que je participais, en 2004, au Festival international du film d’animation de Zagreb, en Croatie. Ce pays de l’ex-Yougoslavie portait encore des cicatrices de la guerre qui avait fait rage dans les années 1990. Le voyage m’a inspiré un film présentant le corps féminin – une femme blessée, une « femme-ruine » – comme un champ de bataille. J’avais le sentiment d’avoir trouvé un sujet.

Puis une nuit, dans un sommeil éveillé, les draps de mon lit m’ont enveloppée comme un voile noir. Je sentis mes paupières devenir casques de soldat. Le ventilateur du plafond s’est changé en hélice d’hélicoptère. Ma chambre s’est transformée en un champ de bataille. Beaucoup de mes films sont nés à partir de visions et de rêves.

2. Avez-vous cherché à vous documenter sur le phénomène de la guerre et la religion?

Mon film est une évocation de la guerre, j’ai senti le besoin de m’alimenter tout au long du film. Je me suis surtout inspirée des gestes et rituels de la prière musulmane et universelle pour qu’ils appartiennent aux mains de la jeune femme. Peu à peu la séquence de la guerre s’est construite. Les doigts de la femme en prière sont devenus soldats. Ils meurent au combat dans les mains jointes de la femme voilée.

3. Dans Robe de guerre, vous vous concentrez sur une figure féminine forte avec une intensité qui rappelle Le chapeau. Voyez-vous des ressemblances entre ces deux personnages?

Dans les deux films, ces femmes ont subi une blessure qui mène à l’autodestruction. La danseuse du Chapeau est victime d’inceste, la femme voilée pleure son enfant mort dans ses bras. Il y a toutefois une différence dans le fait que la femme de Robe de guerre n’ouvre jamais les yeux. Elle prie. La guerre se déroule en elle, dans son corps et son cœur. Je vois Robe de guerre comme un film sur l’extase, le deuil, le lavage de cerveau, le désespoir, la terreur et la détresse. En se faisant martyre, cette femme devient l’égale de l’homme en explosant. On lui promet une vie meilleure, puisqu’elle n’a pas de vie.

Le film me permet de renouer avec la notion de costume. Dans Le chapeau, je me servais d’un chapeau pour masquer le visage masculin. La nudité de la danseuse y était aussi présentée comme un costume de scène. Le tchador, dans mon dernier film, cache tout le corps de la femme, sauf son visage et ses mains. Les bâtons de dynamite autour du corps de mon personnage ont l’apparence d’un corset. C’est lorsqu’elle se suicide que cette femme se dévoile.

Robes of War, le titre du film en anglais, fait référence à un costume ornemental religieux des macchabées dans la bible hébraïque et l'Histoire sainte. C’est aussi une tunique utilisée pour les rituels : un juge revêt une robe noire, un prêtre la chasuble, un condamné à mort une cagoule.

4. Accordéon, que vous avez réalisé, entre les deux, était un film proche de l’abstraction et aux personnages plus effacés.

Les personnages sont souvent cachés dans des boîtes d’ordinateur. Les pulsions amoureuses passent essentiellement à travers les fils des réseaux informatiques. C’est un film sur l’incommunicabilité, plus mystérieux – il a aussi été qualifié de radical. Avec Robe de guerre, je renoue cette fois avec une intention plus narrative.

5. Dans vos deux films précédents, vous dessiniez des traits sur fond clair. Dans Robe de guerre, vous travaillez davantage la surface en la couvrant d’encre noire. Cette couleur a ici une présence forte, oppressante. Cela relève-t-il d’une décision consciente?

L’esthétisme graphique s’est imposé rapidement. La femme est habillée de guerre. Elle est la guerre. Elle est revêtue d’un tchador noir des pieds à la tête. Le drame est centré sur elle et autour de son voile noir. Le noir est toujours présent et en métamorphose constante. Au début, il est la nuit, il devient voile, tchador, goutte de sang, armée de femmes voilées et char d’assaut. À la fin, il voile l’écran pour exprimer la destruction, le néant et les ténèbres.

6. La musique a un aspect étonnant. Cette pièce à l’orgue, d’ailleurs enregistrée dans une église, reflète un héritage chrétien plutôt que musulman. Sans compter que vous évoquez, à un moment donné, la pietà, un thème biblique.

Le choix musical révèle clairement mon point de vue de femme occidentale avec une éducation chrétienne. J’ai été élevée dans un environnement très marqué par le catholicisme. Pensionnaire dans un couvent, je portais toujours un voile pour assister à la messe. Sur les murs de la chapelle, était accroché en évidence le chemin de croix sculpté en bas-relief des quatorze stations, dont la Piéta. Pendant les études du catéchisme, le soir, j’entendais une religieuse jouer de l’orgue. La vie était imprégnée de religiosité. J’étais impressionnée par le sort réservé aux « Saints Martyrs canadiens »

Le désir d’utiliser l’orgue dans mon film s’est manifesté assez tôt. J’ai été envoûtée par le son des grandes orgues de l’Oratoire Saint-Joseph dans la Symphonie du millénaire que Walter Boudreau a composée pour l’an 2000. J’ai toujours suivi la carrière de Walter, que j’ai connu dans les années 1960. Mon producteur et moi avons donc décidé de faire appel à son talent. Après avoir vu les animations préliminaires, il a dit : « J’entends une partita à l’orgue du début à la fin. » Il a marié sa musique avec mon animation. La musique de Walter est divine et grandiose. L’orgue romantique met l’accent sur la prière, le recueillement et la dévotion; il intensifie aussi la douleur, la terreur et les conséquences du geste que le personnage s’apprête à poser. L'orgue est un orchestre en soi : il sert de dialogue, comme au temps des films muets.

7. Pour conclure, nous aimerions aborder avec vous une facette moins connue de votre personnalité. On vous associe le plus souvent à un cinéma de la souffrance; pourtant, on trouve dans vos films un sens de l’extravagance et du bizarre pas très différent de celui des surréalistes. Est-il exact d’affirmer que vos films, qui nous plongent sans conteste dans la douleur, sont aussi portés par un humour noir?

Dans la séquence de Robe de guerre, qui montre la femme devenant un char d’assaut, un canon phallique érotique insolite s’élève vers le ciel et crie sa révolte avec de la fumée.

L’humour noir souligne l’absurdité et la cruauté de la guerre sans aucune censure. À la manière des surréalistes, pour la même séquence, j’ai procédé par automatisme psychique pur. J’ai d’abord dessiné la femme en prière. En l’animant, elle s’est multipliée, comme par magie, en plusieurs femmes voilées alignées comme une armée de soldats en uniforme. Puis les femmes en noir sont devenues de plus en plus petites. Elles se sont mises à tourner et à ma grande surprise, elles sont devenues chenilles, jambes à genoux de la femme char d’assaut. Un pansement est apparu et a recouvert ses blessures peu à peu dans l’action. C’est une femme blessée.

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