De retour!

Me revoilà! Petite pause: le tourbillon des cours à donner, de la correction à faire, du catalogage à terminer et du montage à commencer… Il fallait s’arrêter un peu. En raison du temps qui a passé, je souhaitais vous montrer des moments du tournage en vidéo et en photo. Or, j’ai gaffé! J’ai enregistré les funérailles nationales de mon guide spirituel, Gilles Carle, sur la cassette du tournage…  Qu’à cela ne tienne, les photos rendent bien l’atmosphère du tournage. La musique qui soutient tout le montage a été composée en l’honneur du blogue! Mon ami Daniel Laroche et ses compères musiciens ont pris le temps de concocter cette pièce bluegrass. Merci pour l’inspiration!!!

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Une grippe, un vernissage, un festival!

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Je suis clouée au lit depuis 5 jours… Comme si un train m’était passé sur le corps! C’est la fameuse grippe. Comme fin de tournage, j’aurais espéré mieux. Qu’importe, le film est tourné! Je suis fière de la récolte. Mission accomplie Alain et Richard! Nous commençons à tresser la semaine prochaine… Du moins, à visionner et couper. Je vous en reparlerai. Pour l’heure, je vous écris de ma chambre, qui se trouve près des « grandes cheminées éternelles comme l’enfer » (– R. Desjardins). Les amies s’affairent : l’ambiance est au festival du cinéma et au vernissage. La ville de Rouyn-Noranda se fait festivalière et mon amie Ariane Ouellet –la photographe dans le film Deux mille fois par jour - expose Comme une ressemblance au Centre d’exposition de Rouyn-Noranda. C’est beau de voir ça !

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Une équipe de tournage dans la neige

Nous sommes entre deux moments de tournage. La ville de Lebel-sur-Quévillon s’est imposée à nous… Besoin de se sortir du bois. De toute manière, on avait une scène à tourner au km 156 sur la 113. J’ai prié mon père pour qu’il neige, hier. Ç’a marché! Y’en manque encore un p’tit peu… Demain, il faudrait encore d’la neige au nord du 49e  parallèle. On en annonce. En tout cas, ce matin, à 5 h 30, y faisait frette : -8. Je vous laisse avec un moment de tournage où toute l’équipe, même Willow, part dans le même sens! C’est vous dire à quel point nous sommes complices…

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Pis encore d’la route…

Quand on quitte l’autoroute 15 à Labelle, c’est toujours la même impatience : j’énumère les localités qui restent à passer avant d’arriver à Mont-Laurier. L’Annonciation. La fourche de Sainte-Véronique. Lac-Saguay. Lac-des-Écorces… Mais juste avant, la fameuse courbe avec la maison… C’est toujours une joie de la voir apparaître au creux d’la côte! L’ultime soulagement parvient à Côte-de-Pierre! Vous savez de quoi je parle, hein? C’est bon, il reste encore d’la route à faire… Miquelon est encore loin!

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Faire d’la route…

Je fais un changement d’huile par mois… Ça vous donne une idée du temps que je peux passer dans mon camion! Surtout, tout le temps que j’ai pour penser. Alors, quand la musique ne suffit plus à faire oublier les distances et les lignes jaunes, c’est le bingo, à la radio, qui s’en charge et me fait sourire!

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Filmer le réel… En-dessous d’un camion!

Les bris mécaniques. Les fameux bris mécaniques. On peut dire qu’ils sont inhérents à la vie du débroussailleur. Souvent, le malheur semble s’acharner sur certains. Imaginez perdre une journée de travail et parfois plus… Quand ton salaire repose sur ta production, ce n’est pas drôle du tout. Alors, en plein centre-ville de Desmaraisville – si on considère qu’entre le dépanneur et le bar de la place, il y a un hameau de petits chalets – Vasile répare sa jeep, avec l’aide de son contremaître.  La veille, en plein bois, nous devions jaser du métier, de la Roumanie, des amitiés entre les débroussailleurs, mais le bois nous avait amenés ailleurs. Nous avons donc fait cette petite jase la tête en-dessous du camion! J’imagine que pour Vasile ça changeait la routine… Réparer en silence son démarreur. Évidemment, dans l’bois, on parle plutôt d’un starter.

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Quand l’Abitibi trouve son alter ego… La Gaspésie.

Tout nous lie. La beauté des étendues. L’âme des gens. Les ressources dites naturelles. Le travail saisonnier… Le chômage. Une représentation commune semble unir deux territoires réels et  imaginaires : l’Abitibi et la Gaspésie. Ces territoires, s’inventent des mers de résistance et de création dans l’affirmation d’une appartenance régionale propre. C’est connu. Un vent de mer a toujours soufflé sur la face nord du pays. Perrault avait compris ça. Son Hauris avait tout de son Alexis ou de son Grand Louis. Ses personnages respiraient le large. Même à l’Ile-aux-Coudres. Surtout à Rochebaucourt. Inspiration du moment. Si je vous parle d’identité et d’appartenance régionale, encore une fois, c’est grâce à la cinéaste et intellectuelle Alexandra Guité, qui a écrit un commentaire sur le blogue des Fros… J’ai immédiatement visité son blogue… De toute beauté! Les alliances spirituelles sont fascinantes. Comme quoi les blogues deviennent des instruments d’affirmation identitaire. Voyez.

 

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Des nouvelles de Greg : Quand l’Nord te prend!

Entre les cours à l’université et la préparation pour le tournage de la semaine prochaine, je reçois des nouvelles de Greg. À son retour de Cravovie, Matagami s’est imposée encore une fois. Comme quoi « ce n’est pas le gars qui prend l’bois mais le bois qui prend l’gars » – Ariane Ouellet

Ciao Bella! Devines j’sus où ??????? Au KM 105 tabarnac !!! Heureusement que le ciel est beau et qu’il fait soleil, pour l’instant…. Drôle de feeling de revenir…. Mais tout est correct dans ma tête!!!! En fait, ça dépend à quoi je pense… Je souhaite être dans un verger pour lundi le 28.  Mais si tu dis qu’il ya  un souper qui nous attend, je suis bien prêt à retarder ma rentrée aux pommes… life is short! Ma quatrième chronique  arrivera sous peu, genre dans 3 jours, max ! Désolé du retard. Greg xx

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Un FME fameux!

Je vous ai déjà parlé de l’Abitibi des festivals? Bien là, encore une fois, j’en ai eu plein la … Quel festival le FME! Plusieurs artistes se succèdent à différents moments de la journée et de la nuit… Hier, vers une heure du matin, un groupe de Bluegrass, Lake of Stew, charmait l’assistance… Voici, un p’tit moment qui donne le ton de leur prestation. Excusez, la qualité de l’image… Quelques consommations semblent avoir été prises par la camérawoman auparavant! Éric, Michel, Ben et Dan Laroche, mes amis, j’ai pensé à vous… Vous auriez aimé…

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Une équipe extraordinaire!

Vous savez, j’ai la chance d’avoir une équipe de tournage extraordinaire. Alain et Richard sont profondément dévoués, minutieux et sensibles. Alain ne « chauffe » pas seulement le « kodak » et Richard ne tient pas seulement la perche! Ils font bien plus… Ils établissent des complicités avec les travailleurs et les personnages tout en respectant « ma ligne »… On m’avait dit que je serais en Cadillac, je le sais maintenant.  Alors, entre deux tournages, les gars ont décidé de changer le pneu crevé de Mamadou. Au final, on n’a pas pu le faire, mais l’intention était là. Voyez! Merci, France Gaudreault (Multi-Boîte) d’avoir capturé les images et monté la séquence…

 

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Des épinettes et des tourbières…

J’arrive à Chibougamau, le soleil est de la partie, mais pas la route. J’apprends que le chemin habituel pour se rendre au camp est fermé. On répare un pont. Le détour est tel qu’il faut passer par Lebel-sur-Quévillon. Ça représente quatre heures de route. Qu’à cela ne tienne, je demeure enthousiaste! Les histoires de chemins brisés font partie de la vie forestière.  En plus, je vais enfin faire la route isolée qui relie Chapais à Lebel. Sur cette route, quelques chiens errent et on sent bien - comme dit l’affiche - que nous sommes dans le « Vrai Nord ». Des épinettes et des tourbières… Des épinettes et des tourbières… La réserve  crie de Waswanipi. Là, un projet novateur de forêt modèle a pris naissance en raison des pratiques forestières. Une grande première!

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Et on poursuit la route. Des épinettes et des tourbières… Des épinettes et des tourbières. Le paysage est magnifique. J’arrive à Lebel et le motel du Lac s’impose à moi ! Demain, ça sera les chemins forestiers…

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Des nouvelles du tournage…

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Des levers très tôt, des journées bien remplies de marches périlleuses et d’attentes au froid, des interactions porteuses et nombreuses, voilà  le lot du deuxième bloc de tournage. Y fait frette! On porte la tuque : le matin, le thermomètre oscille entre 8° et 9°. Et dire que nous sommes à la mi-juillet! Plus d’une fois, les hasards – qui n’en sont pas – ont donné le ton.  Je crois qu’on peut vous dire que l’esprit du film est celui du cinéma direct et senti! Les travailleurs sont généreux. L’équipe est aux anges… Nos personnages ont oublié rapidement le gros « Kodak » et le gros « Q-tip »! Imaginez, en plein bois, une équipe de tournage débarque et fonctionne sur le même mode –ou presque– que celui des forestiers…  Ça surprend. C’est rendu qu’Alain, le DOP, parle comme les débroussailleurs : «Bon, un autre tinquée, SVP!». Ça, ça veut dire : une autre cassette, SVP!

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Notre pays : l’Abitibi…

Je suis sortie du bois. Je reste en Abitibi pour parler du film dans les médias. Et…

Hier, encore une fois, j’ai vu et entendu l’Abitibi des soupers. L’Abitibi des fiertés qui, a elle seule, est capable de donner le pays à rêver. Le pays de la parole et de l’acte que Perrault a si bien montré. J’étais dans un souper comme jamais y en a dans l’Sud. Les amies discutent et paf, tombent sur le sujet du Nord! Le territoire. L’appartenance. Le développement. La beauté des lieux. La nature. Les rivières. Les lacs. Guillaume-Delisle-et-à-l’Eau-Claire. C’est ça qu’il y a de merveilleux : les gens d’ici nomment le pays dans ce qu’il a de plus réel. Du coup, les visages s’émerveillent et les conversations s’animent. Le rêve s’empare d’la table et nous transporte au Cabaret d’la dernière chance. J’adore l’Abitibi. Je m’y sens comme un p’tit poisson dans l’eau… « J’vas prendre la chambre avec un lac dedans. Y’a pas d’soin, y’a rien qu’icitte qu’on est ben. » – Richard Desjardins

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Du documentaire au documenteur…

Le blitz « tournée des médias abitibiens » prend fin et mon séjour avec. Demain, je serai dans mon patelin, à Mont-Laurier, pour donner quelques entrevues et surtout, pour remonter dans l’bois. J’ai quelques protagonistes potentiels à revoir… Il y a un groupe d’Africains qui débroussaillent avec les gens de la région. De toute manière, une semaine entière sans bois, c’est comme une soirée au bar sans gin tonic! L’odeur des swamps me manque! Par contre, les maringouins, eux, ne me manquent pas du tout. À Rouyn, comme dans Noranda, ils sont là. Même en plein jour. C’est qu’entre deux jours de soleil, il pleut, hein? J’imagine que vous savez de quoi je parle…

Pour l’heure, je vous laisse avec ce qu’il y a de plus merveilleux en Abitibi – à part les gens et la nature, bien entendu –: la création, l’aventure et les festivals… En même temps, qu’on parle des Fros dans les médias, un événement bat son plein, soit  le Festival du documenteur. J’ai assisté entre autres à un 5 à 7 hilarant : des lectures d’autobiographies –  disons quétaines et futiles – d’artistes québécois par le Cabaret Bio dégradable. J’ai également assisté à un moment de tournage d’une des cinq  « topoïstes » du Festival…

Sur la roche, à Rapide Danseur, alliant la danse à l’imaginaire, l’histoire des Algonquins s’est actualisée à nouveau dans un topo inspiré… Et fort inspirant. Je garde le souvenir du rapide danseur… Et de sa passion.

Moments médiatiques :

http://virtuel.lechoixdantoinelabelle.canoe.ca/doc/hebdo_le-choix-d-antoine-labelle/LCH-20090729OPT/2009072801/

http://www.radio-canada.ca/regions/Saguenay-lac/emissions/emission_Chron.asp?pk_region=9&id=1468&IDEmissionFR=395&IDCat=6&leMois1=2009/07&sub=..%2F..%2F

http://www.radio-canada.ca/regions/ottawa/emissions/emission_Chron.asp?pk_region=5&id=71&IDEmissionFR=403&IDCat=6&leMois1=2009/07&sub=..%2F..%2F

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Une binette d’hiver en plein été… Et le Malien des bois

trepiedwill1will-et-moi1Voici deux images qui donnent le ton du tournage de la mi-juillet. Quand je vous disais qu’il faisait frette dans l’Nord, je ne mentais pas, hein!

Pour l’heure, les projets ont changé. Ne jamais oublier l’adage du gars de bois : Adapte-toi! Je viens d’apprendre que mon entrée en forêt est reportée à l’autre semaine. Je vais donc retarder mon repérage dans la région de Mont-Laurier. Qu’importe. On m’a parlé du « général de la forêt ». Je vous le présente comme on me l’a présenté, c’est-à-dire, via un lien Internet et surtout, avec un magnifique mot qui disait ceci : « Bonjour Stéphanie, j’aimerais te faire rencontrer un des plus grands débroussailleurs au Québec et peut-être même au Canada. Il s’appelle Mamadou, dit le Général de la forêt ». N’est-ce pas merveilleux l’idée du blogue! Merci, Nancy. C’est ça le documentaire. Quand on a du temps, on peut modifier les avenues… Afin de « donner la parole aux gens » – M. Brault.

http://www.lexpress.fr/actualites/1/mamadou-bucheron-malien-devenu-le-general-de-la-foret-boreale-canadienne_770093.html

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Les croyances d’une cinéaste…

Je suis de ma génération. Si l’on croit le discours générationnel des trentenaires, je ne suis pas vraiment croyante… Pas vraiment certaine du rapport traditionnel au religieux… Pas vraiment de certitudes religieuses… Plutôt, je revendique une certaine indépendance face à l’autorité spirituelle. Par contre, je n’arrive pas à me séparer de mon livre de Benedict Anderson dans lequel il y a deux photos de mon père avec ses sœurs…  Je répète toujours les mêmes gestes avant de commencer une journée de tournage… Dans mon camion, je garde un pendentif que mon oncle a fait ainsi qu’un de ses dessins avec les marguerites de Loulou… Et, à chaque fois que je vois  11 h 11, pendant le tournage, je fais un vœu!

jacques-et-loulou

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Une Afrique boréale… Le débroussailleur malien

Aux côtés des débroussailleurs que nous suivons depuis le début de la saison, nous retrouverons un Malien, Mamadou. Sa rencontre est le fruit d’un généreux hasard. C’est certain. Via le lien du film sur Facebook, sa conjointe abitibienne m’a proposé de le rencontrer… Cette première rencontre a eu lieu, chez eux, à Rouyn-Noranda.

Le mois passé, la télévision française est venue le filmer dans le coin de Lebel-sur-Quévillon. Comme quoi la forêt boréale produit des débroussailleurs vedettes; nous le filmerons, à notre tour, le mois prochain. Aux dires de plusieurs, dont Mamadou, les Maliens occupent une place importante dans la main-d’œuvre sylvicole au Canada. Il devient donc incontournable, pour moi, de les représenter dans le film. Qui aurait cru, qu’un jour, un gars de Bamako vanterait l’appel du bois et monterait à chaque printemps, depuis sept ans, débroussailler la forêt boréale!

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La fameuse 550!

L’enjeu est de taille! Une grosse 550 ou une p’tite 480? Les débroussailleurs diront : «tout dépend du terrain, tout dépend du gars». Chose certaine, c’est toujours une question de puissance.

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En haut d’la Tapini… Une contremaître et son ours…

Cent km au sud de Parent. Je vous écris depuis ma chambre, près de la source de la rivière La Lièvre. On peut dire que je remonte mon pays… Mitchinamécus. Ce n’est plus le pays des tourbières. J’y trouve du sable, des feuillus pis du cyprès en masse. Je pense à la chanson de mon oncle… « Que cyprès était court pour Papineau Dufour ». Une fois de plus, l’accueil est chaleureux. Je revois des gens avec qui j’ai fait les classes… Au milieu du bois, c’est toujours un peu drôle : « Toi, tu tenais avec qui? Moi, j’prenais la 366, et toi? La 365! » Surtout, je découvre des femmes dans le métier : une contremaître – qui en a d’dans – et  trois jeunes débroussailleuses. C’est elle, la contremaître, qui raconte l’histoire d’ours dans la vidéo. C’est fantastique. Le seul hic du voyage : la tempête de pluie. Comme le tonnerre n’arrête pas de faire des siennes, il a fallu évacuer le secteur – le bloc de travail. Les éclairs touchaient à terre! Dans ce temps-là, les contremaîtres ne prennent pas de chance. On sort! Pis ça presse! Ça tombé! Ouf! Et ça tombe encore. « Le vent a pris le même sens que la marée… » – (R. Lussier)

Pour l’instant, l’orage fait rage. Une nouvelle se répand au camp comme une traînée de poudre : y a eu une tornade à Mont-Laurier! Je crains le pire pour ma famille… J’essaie de joindre ma mère, mais le téléphone est occupé… Je réussi finalement à joindre une de mes sœurs et c’est bon, elle me dit que nos proches sont épargnés… Merci, mon dieu

Décidément, ce tournage me révèle croyante…

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Madame Rose…

Je ne révèle pas son vrai nom… De toute manière, elle est connue pour son goût du rose. La tornade n’a pas épargné sa maison… D’ailleurs, plusieurs maisons ont été soufflées par la tornade. Du jamais vu dans mon patelin. Aujourd’hui, le temps est à la reconstruction. Madame Rose a déjà relevé les manches… Dès le lendemain matin, elle est retournée à son mari… À l’hôpital. Toujours aussi coquette. Faut-il le dire, elle a plus de 70 ans. C’est sa maison – presque détruite – que vous voyez dans la deuxième vidéo. Lorsque j’étais enfant et même adolescente, j’observais la maison à-la-dame-aux-fleurs-roses. Entre les parties de cartes de chez tante Quéquine, j’observais la maison d’en face… Sa maison. Que le temps lui redonne ses fleurs et sa berceuse… Celle qui « écoute pousser les fleurs » - F. Cabrel.

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Comme il est doux…

épinettes

«… À travers les brumes» l’Abitibi des ciels sans fin me manque…

« [...] Et les grands ciels qui font rêver d’éternité.
Il est doux, à travers les brumes, de voir naître
L’étoile dans l’azur, la lampe à la fenêtre
Les fleuves de charbon monter au firmament
Et la lune verser son pâle enchantement.
Je verrai les printemps, les étés, les automnes;
Et quand viendra l’hiver aux neiges monotones,
Je fermerai partout portières et volets
Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais.
Alors je rêverai des horizons bleuâtres,
Des jardins, des jets d’eau pleurant dans les albâtres,
Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin,
Et tout ce que l’Idylle a de plus enfantin.
L’Emeute, tempêtant vainement à ma vitre,
Ne fera pas lever mon front de mon pupitre;
Car je serai plongé dans cette volupté
D’évoquer le Printemps avec ma volonté [...] »
– Charles Baudelaire, « Paysages »

Comme une comète, je suis de passage chez moi… Dans les Cantons-de-l’Est. Depuis près d’un mois j’étais dans le Nord. C’est tellement vert, ici! C’est fou : le jardin a poussé! C’est incroyable. Mon âme de cinéaste est restée là-bas, au pays des bûcherons et des mouches noires. Mon séjour à la maison est de courte durée. Dès la semaine prochaine, nous tournons au sud de Lebel-sur-Quevillon. D’ici là, la vie est ponctuée de visionnages, de réunions, de plans de cours et  surtout : «[...] de tirer un soleil de mon cœur, et de faire de mes pensées brûlantes une tiède atmosphère… ». – C. Baudelaire

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Une première collaboration… Mon ami Greg.

Hier après-midi, sur la route, dans le parc La Vérendrye, je reçois sur mon fameux BlackBerry : un premier texte de Greg! Directement de Pologne. Il vient d’accrocher ses bottes de contremaître de débroussailleurs… Après 15 ans de travail forestier. Tout un changement. Il délaisse la région de Matagami pour celle de Cracovie! Le bois pour l’architecture! Je vous laisse le découvrir à travers sa première chronique.

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Cracovie, Pologne, 18 août,2009

Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu de vacances en plein été, moi, forestier depuis 15 ans. Me voici à Cracovie, en Pologne, pour le mariage d’un de mes bons amis, qui nouera la boucle avec Beatha, une jolie Polonaise de 30 ans, le 22 août. Dieu merci, je suis encore vivant! Depuis une semaine, je me déhanchais dans un festival techno en Hongrie, à Ozora plus précisément, en compagnie de 40 000 autres personnes. Sans compter toutes les drogues qui étaient aussi de la fête! Quelle expérience, quelle liberté!

Mais la liberté a un prix! J’ai dû quitter mon emploi de contremaître des débroussailleurs afin de venir au mariage et par le fait même au festival. « Tu es fou ou quoi ?» m’ont dit mes amis! Moi de répondre : « Non je ne suis pas fou, j’en ai juste assez des maudits campements forestiers, de ces lieux de promiscuité où à 3 h 45, 70 personnes se battent pour une place à la « table à lunch » pour faire sa putain de sandwich (que l’on mange jour après jour…). Car le matin, l’objectif est de sortir au plus vite de la cuisine, afin d’être en forêt le plus tôt possible, puisque pour un débroussailleur « le temps c’est de l’argent »!

Durant les semaines chaudes de l’été, le matin est le meilleur temps pour faire du « cash » (motif premier de toute personne qui travaille en forêt), puisqu’il n’y a pas de soleil qui te tape dessus à 30 degrés toute la journée. Puisqu’il n’y a pas encore ces trilliards de mouches noires et de brûlots! Puisqu’il n’y a pas encore ces millions de frappes-à- bord (ces bêtes voraces qui prennent plaisirs à t’arracher un « chunk » de peau, peu importe la quantité de Musk oil que tu mets). Ils apparaissent aux alentours de 10 h généralement. En fait, la plupart des débroussailleurs sont en forêt avant même le lever du jour! Donc le matin, à la cuisine, au déjeuner, les 70 personnes sont sur le mode GO! GO! GO! Rien de poétique, je vous l’assure! Et après 15 ans de déjeuner, moi j’en ai assez!! Oui, dieu merci! Je suis encore vivant! Serveur, une autre bière S.V.P.

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Les musiciens du film…

Vous avez aimé la musique de Deux mille fois par jour? Je renoue une fois de plus avec les mêmes musiciens-amis pour concocter la bande sonore originale des Fros. En attendant qu’ils se mettent activement au travail, Michel et Benoit donnent des spectacles.  Si jamais vous voulez aller voir leur nouveau conte musical : samedi prochain, le duo sera en spectacle en Mauricie, au Musée du bûcheron. Quant à Hugues, l’autre musicien du film, bien, il fait des triathlons!

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C’est r’parti le cinéma!

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C’est ce que j’ai dit à Willow, tantôt, devant le lac Quévillon, à Lebel-sur-Quévillon. Là, je vous écris en attendant l’arrivée des garçons – Alain et Richard. Je suis au Symbiose café… Une sorte de rallonge de la maison des jeunes de Lebel. Nous repartons donc de plus belle avec, entre autres Mamadou, le « général des bois » et Gérard, le « dernier des Mohicans ». Le jour de la première, vous comprendrez…  Pour l’heure, le temps est bon. J’ai vu le camion de Gérard en entrant au Motel du Lac : je vais aller le voir. Jaser un p’tit brin.

Je vous écrirai en sortant du bois, dimanche soir.

En espérant la route bonne… sans flat!

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«On va bûcher du bois gueuler avec les loups…»

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Cinéma, cinéma. Hier, entre deux averses et un moment de tournage, un loup noir et gris apparaît à 100 mètres du camion. Effrayé par mon chien, il fige. Et finalement, prend le bois. C’était la première fois que je voyais un loup si proche. Un vrai. Nous attendions la fin de journée de Mamadou. Là, au milieu de nulle part, il est sorti : j’ai pensé à monsieur Pageau -du Refuge à Amos. Il affectionne particulièrement les loups. Ben, en arrivant dans ma chambre, tantôt, en prenant mon bain, c’est monsieur Pageau à TV5! Y’a quelque chose là!  Je ne sais pas quoi…

Mamadou dit qu’il est un lion… Peut-être que le loup qui se trouvait près de sa tanière, s’avère être son incarnation québécoise! Chose certaine, le tournage avec Mamadou a été mémorable. Généreux. Énergique. Le Mali dans le bois, c’est intense et musical. Il bûche! Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii! Une vraie tornade.

Là, à cause d’une crevaison, Mamadou a dû venir à Quévillon. Une veillée vient tout juste de se terminer dans ma chambre avec Mamadou (le général de la forêt), Gérard (le dernier des Mohicans), Richard (le preneur de son) et moi… Quel moment doux. Des fous rires incroyables. C’était simple où tout rimait avec complicité. D’ailleurs, Richard est LE complice de Mamadou. En fait, c’est son Richard… Je vous raconterai ça un jour. Là, il est temps que j’aille dormir. C’est ce que fait déjà notre Alain, le DOP… Mamadou a dit à Gérard qu’il lui laisserait ses 4X4 – ses grandes jambes – devant la porte demain matin pour affronter le renversé (le gros bois à terre dans l’ brûlé)…

À demain.

 

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Un 25 du 08-09 Stéphanie était dans les épinettes…

Il est 3 h 50 du matin, je suis en train de prendre l’air. L’air est chaud. C’est bon : pas besoin de tuque aujourd’hui. Ni brouillard, ni humidité. Ça fait changement. Je suis en tournage et c’est mon anniversaire! Youuuuuuuuuuuuuuuuuu! Je suis tellement heureuse.  Bon, allez, il faut que j’aille préparer la glacière avec les maudits sandwichs… Nous aussi on a adopté « la sandwich toastée »! Le pain blanc : pu capable!

Ciao, le camion arrive!

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«L’âme du Québec est en région» B. Émond

Hier, j’assistais au dévoilement de l’affiche du Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue. Pour l’occasion, le cinéaste Bernard Émond a présenté son dernier film : La donation. Film qui ouvrira la 28e édition du Festival. L’action se déroule ici, en Abitibi, à Normétal. Ça fait plaisir à entendre, le cinéaste a exprimé l’idée que l’âme québécoise est en région, particulièrement en Abitibi. C’est justement ce qu’on ressent dans le tournage des Fros. C’est comme si une sorte de métissage habite le territoire, les gens et le pays. Après trois blocs de tournage, je constate une forme d’humanisme interculturel et fraternel au creux de la forêt boréale. Le bois se colore! Pas seulement à l’automne! Comme un de mes personnages dit…

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Deuxième chronique de mon ami Greg… Le contremaître-débroussailleur qui vient d’accrocher ses bottes…

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Hull, Québec, 26 avril, 1994
Ça fait 6 ans que j’ai mon cul sur un banc d’université et je viens juste de compléter mon bac en Relations industrielles à l’Université du Québec à Hull. Avant ça, j’ai passé deux ans de l’autre côté de la rivière des Outaouais, à l’Université d’Ottawa, en philo et en science politique, sans savoir ce que je « crissais là! » Je pense donc, j’sus pas certain aurait dû dire Descartes! À travers ça, j’ai réussi à me « bullshiter » un job en tant qu’éducateur/travailleur de nuit, dans une maison de transition pour jeunes délinquants (afin de payer mes études), puisque j’avais dit à mon futur employeur que j’étudiais en psycho… J’avais téléphoné à ma mère pour lui dire qu’elle était ma référence (j’avais mis son nom de fille) et que le gros boss aux lunettes épaisses lui téléphonerait, afin d’en savoir plus sur ma personne. « Pas de problème!  avait dit ma chère maman ! Mais je te le dis tout suite, j’vas lui dire que t’as besoin d’un coup pied dans l’cul de temps en temps! » Merci maman, je t’aimerai toujours!

Donc six ans d’université et cinq ans de galère avec ces p’tits morveux. Et là, je fais quoi? Chose certaine, je ne me vois surtout pas travailler dans mon domaine d’études! Encore moins pendants 35 ans. Après quoi, on te donne une putain de montre à-la-con! En fait, j’ai jamais compris pourquoi on te donne une montre quand vient le temps de la retraite! « Cristie ça fait 35 ans que tu regardes le temps passer, et là, vous voulez me donner une montre pour me remercier de mes loyaux services!! » Quels cons!! Non, j’ai définitivement pas envie de finir ma vie « sus »  l’prozac, combiné avec une dépendance à la coke et à l’alcool! Mais je fais quoi? Et où? Et quelles sont mes options, moi qui vient de « flusher » quatre ans de compétences aux poubelles!? Burger King? Pas vraiment! PetroCan? Non plus! Et il est hors de question que je continue avec ces jeunes morveux! (Jai énormément de respect pour les gens en travail social). Dernière option : revenir au bercail, c’est-à-dire Rouyn, et travailler pour l’entreprise familiale, à peinturer et rénover des aparts que mon père possède. Ouain, ouain, ouain!Y’en aura pas de facile, car papa espérait que je devienne un grand avocat! Mon dieu, pauvre lui! C’est donc avec une bagnole « loadée à l’os » que « j’ai roulé 400 miles sous un ciel fâché »… Et Desjardins a bien raison  quand il dit « j’mets 30 sous dans téléphone et j’arjoins pu personne » … Ça fait ben 9 ans que je suis parti de Rouyn! C’est ainsi que je faisais mon retour  chez nous, le 5 mai, 1994.

La suite dans quelques jours… Là, j’ai rendez-vous avec des amis dans le vieux Cracovie, désolé.

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Chronique de Greg : Comment on arrive à travailler dans l’bois…

Toujours depuis l’Europe de l’Est, mon ami Greg, ancien contremaître de débroussailleurs, vous livre ses chroniques et ses réflexions sur sa vie. Dans son dernier envoi, il me disait ceci : «L’objectif est d’expliquer comment je me suis retrouver  à travailler dans l’bois. Et du fait, pourquoi plusieurs d’entre nous travaillons dans le bois». Quinze ans en forêt avec les mouches noires c’pas rien!

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« Pas facile travailler avec le père! »

12 Mai,1994

J’me disais que ça me ferait du bien de travailler de mes mains après deux ans de cégep et six ans d’université. Après tant de théorie et de blabla, rénover, peinturer, sabler, me semblaient plus terre à terre comme quotidien. En effet, mon début avec les Édifices Bastien me faisait du bien, je me sentais utile et j’avais l’impression d’apprendre quelque chose de pratique. Mais tout n’était pas rose, car ma relation avec le paternel n’était pas des meilleures, et ce, depuis longtemps. Sans compter la déception de voir son fils travailler à 12 $/heure après six ans d’université, à décaper des planchers, à sabler des murs… À peinturer. Mon papa « trippait pas » comme on dit , et de ce fait, il avait adopté une attitude de militaire avec moi : « que j’te vois pas arriver en retard! » me disait-il. Ou bien : « T’es pu sur un banc d’école… Icitte c’est la vraie vie! » « C’est ben correct » que j’me disais, car c’était le prix à payer compte tenu que je voulais rien savoir d’une vie de bureau avec deux semaines de vacances. My God ! Non, c’était pas facile, mais moi, j’avais autre chose dans tête, et si je pouvais « tougher » jusqu’au mois de novembre, tout ça ne serait pas si grave à endurer.

Alors jour après jour, j’entrais à « shop » avec le père qui me regardait avec son air de « général », et moi, de le défier avec le même air! Et après trois mois de ce même rituel, je savais que c’était une question de temps avant  que ça pète. Mais avec mon plan derrière la tête, j’me devais d’endurer pareil traitement, puisque l’Abitibi des années 90 n’était pas des plus prospères avec un taux de chômage de 16 % et chaque troisième maison arborant une pancarte à vendre. Oui, effectivement, c’était la vraie vie, mais c’était toujours mieux qu’une job de bureau, que j’me disais!

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Les Fros

Les chroniques d’une cinéaste au pays des mouches noires.

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