Hier après-midi, sur la route, dans le parc La Vérendrye, je reçois sur mon fameux BlackBerry : un premier texte de Greg! Directement de Pologne. Il vient d’accrocher ses bottes de contremaître de débroussailleurs… Après 15 ans de travail forestier. Tout un changement. Il délaisse la région de Matagami pour celle de Cracovie! Le bois pour l’architecture! Je vous laisse le découvrir à travers sa première chronique.

Cracovie, Pologne, 18 août,2009
Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu de vacances en plein été, moi, forestier depuis 15 ans. Me voici à Cracovie, en Pologne, pour le mariage d’un de mes bons amis, qui nouera la boucle avec Beatha, une jolie Polonaise de 30 ans, le 22 août. Dieu merci, je suis encore vivant! Depuis une semaine, je me déhanchais dans un festival techno en Hongrie, à Ozora plus précisément, en compagnie de 40 000 autres personnes. Sans compter toutes les drogues qui étaient aussi de la fête! Quelle expérience, quelle liberté!
Mais la liberté a un prix! J’ai dû quitter mon emploi de contremaître des débroussailleurs afin de venir au mariage et par le fait même au festival. « Tu es fou ou quoi ?» m’ont dit mes amis! Moi de répondre : « Non je ne suis pas fou, j’en ai juste assez des maudits campements forestiers, de ces lieux de promiscuité où à 3 h 45, 70 personnes se battent pour une place à la « table à lunch » pour faire sa putain de sandwich (que l’on mange jour après jour…). Car le matin, l’objectif est de sortir au plus vite de la cuisine, afin d’être en forêt le plus tôt possible, puisque pour un débroussailleur « le temps c’est de l’argent »!
Durant les semaines chaudes de l’été, le matin est le meilleur temps pour faire du « cash » (motif premier de toute personne qui travaille en forêt), puisqu’il n’y a pas de soleil qui te tape dessus à 30 degrés toute la journée. Puisqu’il n’y a pas encore ces trilliards de mouches noires et de brûlots! Puisqu’il n’y a pas encore ces millions de frappes-à- bord (ces bêtes voraces qui prennent plaisirs à t’arracher un « chunk » de peau, peu importe la quantité de Musk oil que tu mets). Ils apparaissent aux alentours de 10 h généralement. En fait, la plupart des débroussailleurs sont en forêt avant même le lever du jour! Donc le matin, à la cuisine, au déjeuner, les 70 personnes sont sur le mode GO! GO! GO! Rien de poétique, je vous l’assure! Et après 15 ans de déjeuner, moi j’en ai assez!! Oui, dieu merci! Je suis encore vivant! Serveur, une autre bière S.V.P.
Chronique de Greg : Comment on arrive à travailler dans l’bois…
Toujours depuis l’Europe de l’Est, mon ami Greg, ancien contremaître de débroussailleurs, vous livre ses chroniques et ses réflexions sur sa vie. Dans son dernier envoi, il me disait ceci : «L’objectif est d’expliquer comment je me suis retrouver à travailler dans l’bois. Et du fait, pourquoi plusieurs d’entre nous travaillons dans le bois». Quinze ans en forêt avec les mouches noires c’pas rien!
« Pas facile travailler avec le père! »
12 Mai,1994
J’me disais que ça me ferait du bien de travailler de mes mains après deux ans de cégep et six ans d’université. Après tant de théorie et de blabla, rénover, peinturer, sabler, me semblaient plus terre à terre comme quotidien. En effet, mon début avec les Édifices Bastien me faisait du bien, je me sentais utile et j’avais l’impression d’apprendre quelque chose de pratique. Mais tout n’était pas rose, car ma relation avec le paternel n’était pas des meilleures, et ce, depuis longtemps. Sans compter la déception de voir son fils travailler à 12 $/heure après six ans d’université, à décaper des planchers, à sabler des murs… À peinturer. Mon papa « trippait pas » comme on dit , et de ce fait, il avait adopté une attitude de militaire avec moi : « que j’te vois pas arriver en retard! » me disait-il. Ou bien : « T’es pu sur un banc d’école… Icitte c’est la vraie vie! » « C’est ben correct » que j’me disais, car c’était le prix à payer compte tenu que je voulais rien savoir d’une vie de bureau avec deux semaines de vacances. My God ! Non, c’était pas facile, mais moi, j’avais autre chose dans tête, et si je pouvais « tougher » jusqu’au mois de novembre, tout ça ne serait pas si grave à endurer.
Alors jour après jour, j’entrais à « shop » avec le père qui me regardait avec son air de « général », et moi, de le défier avec le même air! Et après trois mois de ce même rituel, je savais que c’était une question de temps avant que ça pète. Mais avec mon plan derrière la tête, j’me devais d’endurer pareil traitement, puisque l’Abitibi des années 90 n’était pas des plus prospères avec un taux de chômage de 16 % et chaque troisième maison arborant une pancarte à vendre. Oui, effectivement, c’était la vraie vie, mais c’était toujours mieux qu’une job de bureau, que j’me disais!
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