C'est la beauté qui tente de s'infiltrer dans la vie, c'est l'art qui veut éclore, c'est aussi l'innocence qui disparaît, les craintes qui se concrétisent. C'est la complexité de l'enfance, de l'art, de la vie à travers une petite école de la rue Gillespie, à Sherbrooke.
L'enfance est une période cruciale du développement de l'être humain. Cette phase établit les prémisses, le cadre, les balises de la personnalité. Durant ces années, l'individu acquiert une sensibilité, un regard, des connaissances ainsi que des souvenirs qui formeront l'esprit, la conscience, voire l'inconscient. À cette école, on accorde autant d'importance à l'enseignement de la musique qu'à celui des mathématiques, du français et des autres matières obligatoires du programme d'études du ministère.
Je considère que l'enseignement des arts est nécessaire à l'épanouissement d'un être humain. La musique est une source inépuisable de beauté, de réconfort, de plaisir. C'est un exutoire fabuleux qui favorise la communication, le repos, l'ouverture, l'expression de sentiments refoulés. De plus, la musique peut inculquer la discipline, l'effort, la rigueur et la persévérance. J'ai débuté l'apprentissage de la musique à l'école Sacré-Cœur à l'âge de 6 ans. Ce fut mon point de départ, ma porte d'entrée dans le monde inestimable des arts. Pourtant, ce n'est pas ça qui importe. Je connais plusieurs personnes qui ont été à l'école primaire avec moi, et peu sont des artistes ou des musiciens. Pourtant, ces anciens élèves de Sacré-Cœur, qu'ils soient pharmaciens, ingénieurs, travailleurs sociaux ou autres, ont tous conservé une sensibilité artistique très forte. C'est ce qui importe! Je voulais donc revenir sur les traces de mon enfance et filmer ce qui m'a le plus marqué : l'apprentissage de la musique. Cependant, je n'avais pas l'intention de me mettre en scène. Je voulais poser un regard d'adulte sur l'école de mon enfance. Capter ce que vivent les nouvelles générations, saisir la perpétuité de l'enseignement.
Ce documentaire n'est point une recherche scientifique sur les effets de la musique sur le développement des enfants. Ce film est un récit sur l'enfance et la musique. C'est l'histoire de jeunes garçons et filles qui débutent leur vie en apprenant à compter, lire et écrire, en jouant au ballon, en créant des amitiés et en pénétrant le monde la musique. Même si ce documentaire suit trois personnages, il se déroule plutôt en deux mouvements, lesquels sont les « débuts » et les « fins ». Les trois jeunes représentent en quelque sorte un passage complet à Sacré-Cœur. Ils incarnent chacun un moment de ce passage. Et chacun de ces moments est un début et une fin : le début des leçons et la fin de l'insouciance; le début du secondaire et la fin du primaire.
Le début de l'art, la fin de l'enfance.
Michel Lam