Chers électeurs documente le quotidien harassant de deux députés que tout oppose, mais qui ont en commun de n'avoir pour tout pouvoir que celui de leurs convictions. Pendant près de quatre années, de 2003 à 2006, le réalisateur Manuel Foglia a pointé sa caméra sur Daniel Turp, député péquiste de Mercier, et Charlotte L'Écuyer, députée libérale de Pontiac, tous deux élus pour la première fois en 2003. Deux députés, deux adversaires, mais aussi deux réalités complètement différentes. Juriste de formation, Daniel Turp est un homme d'idées. Passionné de culture, favorable au logement social, il entreprend une carrière politique dans le but de réaliser la souveraineté du Québec. Charlotte L'Écuyer, de son côté, est une pragmatique qui se méfie des promesses. Elle était directrice du Centre de santé et des services sociaux du Pontiac avant de faire le saut en politique, où l'attendront d'importants dossiers liés à la crise des forêts et du bois d'œuvre.
Invité à pénétrer dans l'étrange quotidien de ces représentants du peuple, le spectateur est à même de constater que la vie de député n'est pas de tout repos. On peut voir Daniel Turp recevoir dans son bureau les doléances d'une chanteuse qui se cherche un producteur et Charlotte L'Écuyer doit écouter une personne âgée se plaindre de payer trop d'impôts. Que faire devant de pareilles requêtes! Écouter, en hochant la tête. Les attentes des gens sont si grandes et le pouvoir des députés, si petit... On hésite entre l'envie de rire et de pleurer.
Chers électeurs fait le constat que les députés ont bien peu de pouvoir, que celui-ci appartient aux ministres, eux-mêmes subordonnés aux soubresauts d'une économie globalisée. Et pendant ce temps, leurs concitoyens espèrent la lune! La vie de député est-elle une mission impossible?
À Québec, pendant la session parlementaire, l'Assemblée nationale est un théâtre où s'affrontent les partis et où on s'ennuie parfois à discuter de questions dont le sort semble joué d'avance par la simple loi de la majorité. On pourrait être choqué, mais c'est le contraire qui se produit. On en vient à respecter ces deux simples députés pour leur acharnement à rester dans la partie dans des conditions, qui auraient poussé la plupart d'entre nous à jeter la serviette depuis longtemps.







